Début de la Troisième République (1870 - 1914)

 En 1873, la question de l’évolution de l’École se posa de nouveau. Hippolyte Fontaine (Ch.1842, inventeur de la réversibilité de la dynamo), Président de la Société, se prononça contre toute réforme qui ferait des Écoles des « sections de l’École Centrale », coupées de la classe ouvrière. Ce fut la dernière victoire des « conservateurs ».

Par le décret du 3 juin 1875, il fut établi que les élèves satisfaisant aux épreuves de sortie obtiendraient un certificat.

Dans les années 1880 se posa le problème de la concurrence des toutes nouvelles Écoles Nationales Pratiques, placées sous l’autorité du Ministère de l’Instruction Publique. A cette époque, les Écoles d’Arts et Métiers étaient vulnérables : elles n’avaient pas beaucoup évolué depuis cinquante ans, faute de réels concurrents et de remise en cause. Le recrutement des élèves et des professeurs y restait incertain.

A cette fragilité s’ajoutaient des attaques extérieures. Celle de l’auteur Corbon qui écrivait en 1880 dans le journal républicain Le Siècle que les Arts et Métiers ne produisaient que « des hommes de bureau » et des « mandarins de second ordre », mais aussi celle qui consistait à trouver beaucoup trop onéreuses les écoles destinées à la formation de simples ouvriers.

Au début des années 1880, un nouveau président de la Société fut élu : Poulot, partisan d’une réforme des Écoles, d’une reconnaissance de leur mérite, face à Polytechnique ou Centrale.

La loi du 4 avril 1885 éleva le niveau d’admission. Le nouveau programme comprenait la géométrie analytique, l’hygiène industrielle, un complément d’histoire et de géographie, de français, une spécialisation plus rapide des travaux d’ateliers dans la scolarité. Les Arts et Métiers devenaient ainsi de véritables établissements d’enseignement secondaire technique, capables de mener leurs meilleurs élèves à Centrale. Cette réforme fut contestée par les « conservateurs » partisans d’une école populaire, mais qui dès lors défendaient une cause perdue.

Le combat pour l’élévation des programmes fut repris sous la présidence d’Hippolyte Fontaine, de 1885 à 1886 et de 1889 à 1890, en dressant le portrait de l’ingénieur Arts et Métiers à mi-chemin entre la culture manuelle de l’ouvrier et la formation abstraite du polytechnicien.

En 1895, le Président Félix Faure inaugura le nouvel Hôtel des Arts et Métiers, 6 rue Chaudat à Paris. La Société comptait 5837 membres en 1900.

Une nouvelle loi importante fut celle votée le 11 octobre 1899 à l’initiative du ministre du commerce et de l’industrie Millerand. Celle-ci éleva le niveau des programmes en sciences et mathématiques. Désormais, tout candidat aux Arts et Métiers devait passer par les Écoles nationales professionnelles, par les Écoles pratiques d’industrie, ou bien par les Écoles primaires supérieures. Cette loi avait également pour objectif de démilitariser le régime de l’internat. En effet, on avait pu vérifier au cours du XIXe siècle, que le mode de fonctionnement de la caserne napoléonienne ne convenait pas aux Écoles d’Arts et Métiers. Les troubles importants provenant de la lutte entre les élèves et l’administration provoquaient des troubles, des révoltes mêmes, dans toutes les Écoles à la fin du siècle (par exemple, révolte dite de la Zaronde à Cluny le 10 décembre 1898). Le régime devint alors purement civil. Les adjudants furent remplacés par des surveillants. La Société des anciens élèves, ayant peur de voir disparaître l’esprit de corps né entre les élèves de la lutte contre la strass, décida de codifier ces traditions. En effet, cette lutte terminée, il fallait trouver un autre moyen de créer un esprit de corps. Pour cela, elle rédigea un Carnet de Traditions, recueil de tout ce qu’un Gadzarts devait savoir, et mit en place un système codifié de lutte entre les Promotions et de transmission des Traditions. D’une culture du refus on passa alors à une culture d’intégration. Ce virage constitue certainement l’un des plus importants changements dans l’histoire des Traditions.

En 1900, une nouvelle école fut créée à Lille, suivie en 1901 par la transformation de l’École Nationale Pratique d’Ouvriers et de Contremaîtres de Cluny (créée en 1891) en École d’Arts et Métiers.

 

   A cette époque, les Arts et Métiers souffraient de la concurrence provenant de la création de nouvelles écoles : l’institut catholique des Arts et Métiers, l’école catholique des Arts et Métiers, et divers établissements rivaux dans les universités menaçaient la traditionnelle promotion sociale du Gadzarts.

Le 22 octobre 1907, une mobilisation de la Société pour l’obtention du titre d’ingénieur aboutit à la création du diplôme d’ingénieur Arts et Métiers. Le terme « ouvrier » disparu des plaquettes : l’objectif assigné aux Écoles est « de former des chefs d’atelier, des ingénieurs et des industriels versés dans la pratique des arts mécaniques ».


Les élèves commençaient leurs études entre seize et dix-huit ans. Ils étudiaient les mathématiques (algèbre, trigonométrie, géométrie), la mécanique générale et appliquée, la physique, la chimie complétées par des notions de cinématique, de technologie, de comptabilité, et de langue vivante. L’enseignement pratique se faisait dans quatre ateliers : menuiserie et modèles, fonderie, forge et chaudronnerie, ajustage. Au total, l’enseignement théorique représentait quotidiennement sept heures et l’enseignement pratique cinq heures !

La toute nouvelle École de Paris fut ouverte en 1912 à la place des anciens abattoirs d’Évry dans le XIIIe arrondissement, au 151 boulevard de l’Hôpital.

Malgré leur nouveau titre, les Écoles d’Arts et Métiers continuèrent à être considérées comme le second cycle du primaire, socialement inférieures aux autres écoles d’ingénieurs

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Entrée d'Honneur de l'École de Paris

jeudi 17 août 2017
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