De 1945 à nos jours

A la fin de la guerre intervint la réforme tant attendue : l’accession des Arts Métiers à l’enseignement supérieur. Ainsi, en 1946, on créa les lycées techniques, le niveau des Écoles nationales professionnelles s’améliora. Ces deux types d’établissements comportaient désormais une année préparatoire au concours des Arts et Métiers.

En 1947, la quatrième année d’études fut instaurée et l’âge d’admission passa à dix-huit ou dix-neuf ans. Les Écoles devinrent Écoles Nationales d’Ingénieurs Arts et Métiers (ENIAM). Les trois premières années d’études étaient suivies dans un des cinq centres régionaux (Aix, Angers, Châlons, Cluny et Lille) tandis que Paris accueillait les élèves de tous les centres pour leur dernière année.

Pour cela, la Société des anciens élèves construisit une résidence étudiante à la Cité Universitaire de Paris, résidence inaugurée le 25 novembre 1950 par le Président Vincent Auriol. Une deuxième résidence fut construite dix ans plus tard afin d’accueillir un nombre croissant de Gadzarts.

Les années 1950 furent une période de pessimisme pour les ingénieurs techniques, leur secteur n’étant pas porteur. Le nombre de Gadzarts formés par an était toujours de 360 en 1959, nombre jugé fortement insuffisant par l’Union des Industries métallurgiques qui en 1956 mit en évidence par une vaste enquête un besoin annuel de 728 ingénieurs Arts et Métiers. De plus, le marché commun qui s’ouvrait placerait la France dans une place délicate en cas de manque de personnel technique.

C’est alors que la Direction de l’enseignement technique commença à étudier la création de trois nouveaux centres : Bordeaux, Le Havre et Toulouse.

La résid's
La Résid's

Comme toujours, la Société fut très divisée sur le nombre de Gadzarts formés par an. Les uns pensaient qu’il fallait se plier aux besoins de l’industrie, d’autres pensaient qu’il fallait entretenir un certain manque de Gadzarts :

« L’effort exigé des Arts et Métiers a été hors de proportion avec celui que les autres écoles ont consenti. Ils voient dans cette différence…un grave risque de dépréciation de notre cote alors que d’autres, égoïstement, auront réussi à sauvegarder la leur ».

Il fallut que le bureau de la Société adopte une position intermédiaire : une seule école fut ouverte, celle de Bordeaux en 1963. En 1964 et pour la première fois, une fille devient élève de l’ENSAM.

Banc d'essai de moteur au centre de Bordeaux

Pour compenser le nombre d’ingénieurs dont l’industrie avait alors besoin (1500 à 1800 Gadzarts par an), les écoles nationales d’ingénieurs furent créées. Ceci eut pour conséquence de diluer le nombre de Gadzarts dans la population d’ingénieurs totale (un tiers dans l’entre-deux-guerres, plus que 8% en 1982).

Dans les années 1960, devant la persistance de problèmes de recrutement, on créa une nouvelle catégorie de baccalauréat : le bac. B, destiné aux élèves ayant échoué au concours d’écoles plus prestigieuses comme Centrale ou Polytechnique. Les traditionalistes de la Société s’élevèrent contre cette solution, « cette planche de salut pour les déchets des taupes ».

Il s’avère que la conjugaison des deux options, section A et B, fut bénéfique au recrutement puisque le nombre de candidats passa de 1350 en 1952 à près de 2300 en 1959. Le seul problème posé était le rattrapage en mathématiques pour certains, en technique pour d’autres et donc l’adaptation des emplois du temps en première année.

En 1963, il y eut une nouvelle élévation des programmes, les anciennes Écoles d’Arts et Métiers devinrent l’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers. En 1964, l’ENSAM, Centrale et les autres écoles techniques furent rattachées à la Direction de l’enseignement supérieur. Cette séparation de la direction de l’enseignement technique éloigna les écoles de l’industrie et les noya dans la bureaucratie de l’Éducation Nationale. Ce rattachement provoqua le mécontentement de la Société et une commission d’études créée en 1966 proposa en échange l’attribution du statut de Grande École à l’ENSAM. Pour cela, il lui fallait réduire la durée de son cursus à trois ans avec deux ans de préparation préalables.

Cette réforme de l’ENSAM allait avoir lieu lorsque intervinrent les événements de mai 1968. Elle n’aboutit qu’en 1974, huit ans après la constitution de la commission. Cette période fut propice à un grand débat entre Gadzarts : certains sociétaires redoutaient que ce nouveau statut des écoles ne les transforme en établissements réservés à une élite sociale recrutant dans la bourgeoisie et formant aux mathématiques et à la théorie, au détriment des études véritablement techniques. Ce fut également l’objet d’un débat concernant la localisation des écoles : certains ne souhaitaient qu’un bâtiment à Paris, d’autres un à Paris et un autre dans le sud, d’autres quatre écoles situées dans des grandes villes universitaires (Aix, Bordeaux, Lille et Paris) conduisant à la fermeture d’Angers, Châlons et Cluny.

Cluny fut particulièrement menacée puisque par précipitation, on décida d’y interrompre le recrutement : il n’y eut pas de promotion 1967. Les événements de mai 1968 suspendirent toute réforme provenant du Ministère.

    Finalement, on en revint à la conception de six centres régionaux et d’un centre inter-régional. En avril 1974, l’ENSAM acquit le statut de Grande École. Pour autant, elle ne fut pas immédiatement placée au rang de Polytechnique, des Mines, des Ponts et Chaussées et Centrale, ces dernières étant protégées par la tradition et leur influente association d’anciens élèves.

En septembre 1997 ouvrit le dernier-né des centres ENSAM : Metz, qui est dédié à des échanges internationaux, et plus particulièrement une collaboration intense avec l’Université de Karlsruhe en Allemagne.

Aujourd’hui, les programmes de l’ENSAM sont de plus en plus élevés, tournés vers la recherche. Depuis «la boîte à fumée» créée par le duc de Liancourt et rassemblant une vingtaine d’élèves, que d’évolutions ont été nécessaires pour aboutir à ce qui est aujourd’hui la plus grande école d’ingénieurs française, formant mille ingénieurs par an. Le niveau des études aux Arts et Métiers n’a cessé d’évoluer. Au court du XVIIIe siècle, l’École est passée de la formation d’ouvriers à celle de contremaîtres. Dès le début du XXe siècle, les Gadzarts sont promus au rang d’ingénieurs.

Ainsi, l’ENSAM est une école qui a acquis ses lettres de noblesse sur le terrain, par la qualité de ses diplômés. Peut-être atteindra-t-elle la renommée des autres grandes ? Ce qui est sûr, c’est que l’ENSAM est aujourd’hui la première dans sa catégorie, suivie par les 38 écoles supérieures d’ingénieurs.


vendredi 22 septembre 2017
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