Les Débuts (1780 - 1815)

En 1780, le duc de Liancourt (1747-1827) conçut le projet d'une école qui dispensait l'enseignement élémentaire et un savoir technique en s'inspirant de ses voyages en Angleterre où ce type d'écoles existait déjà.
Ce fut donc le début de la Ferme de la Montagne où l'on formait des jeunes au travail de la faïence, du tissage.

   

Huit ans plus tard, Louis XVI donna l'autorisation au duc de créer une École de Métiers qui ouvrit donc en 1788 : l'École des Enfants de l'Armée. L'école débuta avec 20 élèves, pour la plupart des enfants de soldats du régiment du duc. L'enseignement y était donné par des officiers et le programme comportait lecture, écriture, calcul, exercices militaires, complétés par une formation professionnelle à divers métiers (tailleur, cordonnier, charpentier, ébéniste et serrurier). En 1791, l'effectif atteignait 100 élèves.

Le régime de la Terreur en 1792 contraignit le duc de la Rochefoucauld-Liancourt à émigrer en Angleterre puis aux Etats-Unis. Par le décret du 8 juin 1795, l'École fut déplacée de la Ferme de la Montagne au Château de Liancourt, propriété du duc.

Celui-ci ne revint en France qu'en 1799, riche de l'expérience étrangère.
Il compris très vite que si la France voulait concurrencer d'autres pays en plein développement, il lui fallait créer un enseignement professionnel formant des ouvriers qualifiés, des contremaîtres et des ingénieurs.

En 1799, il persuada le Premier Consul de transférer son École de Liancourt au Château de Compiègne pour en faire un des " prytanées français ", ces écoles militaires établies à Paris, Saint-Germain et Saint-Cyr.


    À Compiègne, on recevait environ 400 élèves, pour la plupart des orphelins de soldats morts au combat. Au départ, le programme de l'école était celui de l'enseignement élémentaire complété du dessin industriel et d'une formation aux métiers. Elle se transforma rapidement en une école du pauvre. En 1800, elle devient École Nationale.

Bonaparte, au cours d'une visite à Compiègne, constata l'inefficacité de l'enseignement technique puisqu'une majorité d'élèves désirait devenir militaires plutôt que techniciens. Il créa une commission composée de Monge, Berthollet et Laplace chargée d'étudier la création de méthodes d'enseignement aux Métiers.

Les recommandations de cette commission débouchèrent le 6 ventôse XI
(25 février 1803) sur la transformation de Compiègne en École d'Arts et Métiers.

    A partir de 1804, une division en groupes des élèves fut introduite :

· les " commençants ", âgés de sept à treize ans, apprenaient à lire,
             compter, s'initiaient à la grammaire.

· les " artistes " qui, à partir de treize ans, se formaient à l'algèbre,
             la géométrie, le dessin industriel, la métallurgie, la fonderie…

· les " aspirants ", élite plus âgée que les artistes, se perfectionnaient
             en algèbre, trigonométrie, mécanique…

En 1805, lors d'une visite au Château de Compiègne, le duc se rendit compte que la majeure partie des élèves arrivant à l'école ne savait ni lire, ni compter, que de nombreux conflits opposaient professeurs entre eux et avec l'administration, et que le Château de Compiègne n'était pas adapté à ce type d'école.

Le décret du 5 septembre 1806 transféra l'école de Compiègne à Châlons-sur-Marne sous le nom d'École Impériale d'Arts et Métiers. Un décret de 1805 porta création d'une nouvelle École d'Arts et Métiers à Beaupréau (Maine et Loire), école qui ne fut ouverte qu'en 1811. Mais cette école, en conflit avec la population locale, fut rapidement transférée à Angers (1815).

Une troisième école fut créée à Saint-Maximin (Rhin) en 1805, mais fut dissoute en 1814.

En 1806, le Duc de la Rochefoucauld-Liancourt devint Inspecteur général des Écoles d'Arts et Métiers. Il le resta jusqu'en 1823.

Ces Écoles furent placées sous la tutelle du Ministère de l'Intérieur jusqu'en 1831 qui, tout comme Bonaparte, s'en désintéressait quelque peu. En effet, l'enseignement, alliant théorie et pratique de la technique, était novateur. Les techniques mécaniques étaient alors réservées aux classes les plus basses et n'intéressaient que quelques personnes avant-gardistes comme le duc de la Rochefoucauld-Liancourt.

Mais dans ses rapports de 1806 et 1807, le duc dressait lui-même un constat peu satisfaisant des résultats de l'École : à un recrutement hasardeux, il fallait ajouter une certaine indiscipline des élèves (qui provenaient des classes les plus basses), une mauvaise association de la théorie et de la pratique et enfin un mauvais classement des élèves dans les manufactures. En effet, il n'y avait pas de procédure fixe de recrutement : les élèves étaient essentiellement des enfants de militaires ou de soldats morts au combat. Certains n'avaient même pas l'âge de huit ans à leur entrée à l'École. Tout cela conduisait à assimiler les Écoles d'Arts et Métiers à un " orphelinat militaire ".

Réagissant avec autoritarisme, le duc décida de soumettre plus étroitement les élèves et les professeurs à l'administration de l'École. Cette dernière devait, chaque mois, écrire un rapport au ministère, ce qui renforça le caractère bureaucratique de l'administration. De plus, il hiérarchisa le personnel enseignant. Le " chef d'enseignement " secondait le directeur, les " maîtres d'études " étaient remplacés par des surveillants d'origine militaire, grossiers, sans éducation ni aucune idée sur l'enseignement.

Cependant, bien peu d'anciens suivaient la voie de l'industrie à leur sortie de l'école, lui préférant la voie militaire. Les Écoles d'Arts et Métiers devinrent des " écoles de charité " où les parents pouvaient placer leurs enfants pendant deux ou trois ans aux frais du gouvernement. Les élèves étaient attachés à cette gloire de l'Empire : en 1814, les plus âgés de Châlons partirent en uniforme de l'École combattre en Russie ; à la fin des Cents-Jours, les élèves d'Angers se battirent contre les troupes du gouvernement royal, refusant de remplacer le drapeau tricolore par des fleurs de lys.
  Tout cela déplaira fortement au gouvernement de la Restauration.

mardi 25 avril 2017
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