De 1914 à 1945

A la déclaration de guerre, 6500 Gadzarts furent mobilisés et envoyés au front. Mille cent d’entre eux furent tués dès la première année. En même temps, les polytechniciens et les centraliens obtenaient des dispenses pour leurs compétences techniques. Mais les politiques finirent par comprendre qu’ils envoyaient se faire tuer au front des personnes capables d’organiser et de concevoir l’industrie de guerre. Les Gadzarts furent rappelés : six des plus importants constructeurs d’avions, de moteurs d’avions et de dirigeables sortaient de leur rang. Ils participèrent également à la mobilisation des chemins de fer, à l’industrie de l’armement.

Concernant plus directement les Écoles, la guerre endommagea gravement les bâtiments de Châlons ; celle de Lille fut occupée par les Allemands et utilisée comme hôpital. Quant aux écoles d’Aix, Angers et Cluny, elles restèrent ouvertes malgré de grands dégâts. En 1916, le gouvernement décida de les fermer pour réaliser des économies. Grâce à l’intervention d’Edouard Herriot à la Chambre, elles réouvrirent partiellement en 1917. Seule l’école de Paris sortit intacte de la guerre.

Lecture de la Citation par M le Mal Joffre

Pour leur effort apporté durant la guerre, les Écoles d’Arts et Métiers obtinrent le 28 mai 1927 la Croix de Guerre qui leur fut remise par Gaston Doumergue, Président de la République. Après la sortie des promotions de guerre, le port de l’uniforme devint facultatif. Pratiquement, il devait disparaître.

En 1920, les Écoles d’Arts et Métiers furent rattachées au tout nouveau Ministère de l’Éducation Nationale. Quelques changements apparurent : il fallait désormais avoir de seize à dix-neuf ans pour être admis au sortir des Écoles Nationales Professionnelles ou du supérieur technique. L’enseignement des mathématiques était renforcé.

Le prestige des Gadzarts après la première guerre mondiale, dû à l’élévation du niveau des études et à l’effort de guerre fourni par ces ingénieurs, laissa entrevoir un avenir favorable aux Écoles, leur passage dans l’enseignement supérieur notamment. Mais le nouveau Ministère de tutelle ne leur laissa que peu de marge de manœuvre : elles étaient à ce moment gouvernées par des universitaires, si longtemps rejetés. La Direction de l’enseignement technique, dont dépendaient les Arts et Métiers, eut deux titulaires dans l’entre-deux-guerres : Labbé (1920-1933) et Luc (1933-1944). Une des premières décisions de Labbé fut de diminuer le nombre de bourses octroyées aux élèves des Arts et Métiers et de les remplacer par des prêts d’honneur. Ceci eut pour conséquence de freiner le recrutement dans les classes les plus défavorisées. Labbé souhaitait également un « Gadzarts perfectionné », auquel on aurait « appris à parler français », dénigrant ainsi sa culture populaire. Il envisagea également la création d’une septième école à Bordeaux, ce qui inquiétait les anciens élèves.

Herriot, Président du Conseil et Maire de Lyon, envisagea en 1924 le transfert de l’école de Cluny dans sa ville.

La Société, installée depuis le 21 mars 1925 dans son nouvel hôtel au 9 bis avenue d’Iéna dans le XVIe arrondissement à Paris, était opposée à ces deux projets de Lyon et Bordeaux. Elle finit par obtenir gain de cause mais en 1925, Labbé décida la création d’une nouvelle école à Strasbourg (qui possédait déjà son école nationale technique). La Chambre vota la transformation de l’école de Strasbourg en École d’Arts et Métiers. Afin de limiter le nombre de diplômés à 600 par promotion, la Société demanda la fermeture de Cluny ou le passage pour chaque école du nombre d’élèves de 100 à 80 par promotion. Mais le décret d’application de cette loi n’a jamais été publié : le ministère et le Parlement se chamaillaient sur des questions budgétaires, puis la crise des années 30 laissa de nombreux Gadzarts sans emploi, ce qui anéantit les projets d’augmentation du nombre de diplômés.

En 1933, en raison de la Dépression, on réduisit même les effectifs de 40%, baissant le nombre de recrutements chaque année de 600 à 360. Mais lorsqu’il fallut participer à la fin des années 30 à l’industrie d’armement, la France manqua de personnel technique : elle dut en faire venir de l’étranger, alors que ses Écoles d’Arts et Métiers étaient à moitié vides !

Le 8 décembre 1934, le Président Lebrun remit aux Écoles d’Arts et Métiers la Croix de la Légion d’Honneur. En 1935, le port de l’uniforme redevint obligatoire, pour la ville uniquement. Cet uniforme redessiné adoptait les formes de celui de la Marine, en raison du nombre important de Gadzarts présents dans ce corps de l’armée. C’est ce modèle qui, à quelques variantes près, est aujourd’hui porté.

En 1940, le bureau de la Société adopta une politique pro-vichyssoise. En effet, la Société pensait que Vichy materait cette bureaucratie inefficace, remettrait l’homme d’action à sa juste place. Mais en 1942, il devint clair que Vichy n’était qu’un simple instrument aux mains des Allemands : la Société s’éloigna alors de Pétain.

Concernant les Écoles, Châlons et Lille ne purent accueillir de promotion en 1939. Elles reprirent ensuite leurs activités dans des conditions difficiles. Toutes les Écoles fonctionnaient pendant la guerre, maintenant ainsi un travail minimum. Tous les élèves n’ayant pas pu intégrer l’école en 1939 ou ayant dû interrompre leurs études furent regroupés dans la promotion Cluny 45.

Au final, 353 Gadzarts moururent au combat, 1000 autres furent faits prisonniers dans les camps allemands. Pour l’effort de guerre fourni par l’École et les Gadzarts, René Coty, Président de la République, remit la Croix de Guerre 1939-1945 aux Écoles le 21 octobre 1955.

vendredi 22 septembre 2017
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