La source du compagnonnage

Durant près d’un siècle, de 1850 à 1950 environ, le mouvement du compagnonnage influence et alimente les Traditions aux Arts et Métiers. Cette inspiration est due d’une part à la ressemblance des deux formations, axées sur l’alliance de la théorie et de la pratique (on retrouve d’ailleurs chez les compagnons le terme « d’Arts et Métiers »). D’autre part, de nombreux chefs d’ateliers et ouvriers qualifiés de l’école sont eux-mêmes issus du compagnonnage. Ils exercent sur les élèves une influence importante.

Cette influence se retrouve à travers différents signes extérieurs et dans des pratiques et valeurs communes, comme l’entraide.


La formation

Tout d’abord, c’est dans la formation elle-même que l’on peut retrouver des similitudes. Le duc avait instauré, à la création de l’école, l’enseignement mutuel, basé sur la transmission du savoir de l’ancien vers le jeune. Cette transmission est à la base même de la formation du compagnon qui, lors de son Tour de France, rencontre les anciens qui se chargent de lui inculquer le savoir. De plus, ce sont les anciens qui jugent le travail du jeune compagnon, et par-là même, son aptitude à exercer le métier. Les deux formations se veulent très concrètes, proches du terrain.

Cet enseignement, chez les compagnons comme chez les Gadzarts, repose sur une initiation. Après un temps d’épreuves vient pour le jeune compagnon le baptême, le serment et le banquet.

C’est également dans la manière de penser la formation que ces deux mondes se rejoignent. Celle-ci ne peut être conçue que comme alliance de la théorie et de la pratique, alliance du corps et de l’esprit (d’autant plus qu’au XIXe siècle, les journées aux Arts et Métiers sont physiquement exténuantes).


Le langage

En ce qui concerne le langage, on retrouve à l’école les termes de « conscrit », « ancien » et « ex ». Chez les compagnons, ces termes se déclinent en « aspirant », « apprenti » et « compagnon fini » (l’accession à ce dernier grade étant conditionnée par la réalisation d’un « chef-d’œuvre »). Le compagnon ayant achevé sa formation est qualifié de « remerciant », tout comme l’on appelle archi un ancien élève des Arts et Métiers.

Le nom du Tabagn’s d’Aix en Provence, Kin, n’est pas sans rappeler la cayenne des compagnons, auberge réservée aux compagnons effectuant leur Tour de France et dirigée par une femme généralement assez âgée : « la Mère ». La coutume du Tour de France est attachée aux Pays d’Oc (Avignon, Aix, Toulon, Marseille, Nîmes, Montpellier, Béziers sont autant d’étapes du Tour de France), l’école d’Aix était toute disposée à recevoir le nom de Kin.

Au delà de ces ressemblances, les Gadzarts ont adopté très tôt un langage particulier afin de pouvoir discuter en secret et ne pas se faire comprendre par la strass : l’argot gadzarique ou argadz. Ce langage, pour la majeure partie des termes techniques, est emprunté au langage des compagnons.


Des pratiques communes

L’attribution d’une buque à chaque Gadzarts au moment du Baptême est empruntée au surnom des compagnons. En effet, ces derniers reçoivent un nom qui est composé généralement du nom de la province ou de la ville natale du compagnon suivi ou précédé d’un sobriquet traduisant la qualité qui le distingue. C’est ainsi qu’un compagnon tailleur de pierre pourra s’appeler la Sagesse de Fontainebleau, un compagnon charpentier Lyonnais le Courageux. La buque du Gadzarts traduit elle aussi sa personnalité puisque son choix lui incombe.

Ensuite, les compagnons disposent de deux symboles forts : l’équerre et le compas. Tous deux incarnent le compagnon fini, dans sa rectitude et son ancienneté. Les Gadzarts vont emprunter un de ces signes : l’équerre, ainsi que la symbolique qui lui est propre. Celle-ci, remise le jour des 508, est pour les Gadzarts symbole du chemin accompli et de celui à venir, mais aussi symbole d’ancienneté par rapport aux élèves de première année.

Enfin, la Clé d’Ex des Gadzarts peut être assimilée au chef-d’œuvre des compagnons. Ce chef-d’œuvre clôt la formation de l’apprenti compagnon, et l’obtention du titre de compagnon est conditionnée par la bonne réussite de cette épreuve. L’idée de la fabrication d’une Clé d’Ex par les Gadzarts provient des compagnons exerçant aux ateliers de l’école de Cluny vers 1895. Les maîtres ouvriers, anciens compagnons du Tour de France, partageaient leur savoir-faire pour la réalisation de la Clé. Celle-ci est également réalisée à la fin de la formation, donnant aux meilleurs éléments de la Promo l’occasion de montrer leur savoir-faire en matière de conception et de fabrication. C’est à l’origine même des Clés d’Ex qu’il faut remonter pour faire cette comparaison avec le « chef-d’œuvre ».


Le compagnon fini

vendredi 22 septembre 2017
10h07
Nombre total de visiteurs: 160111
Nombre de visiteurs aujourdhui: 18
Nombre visiteurs connectés: 1